Je
me rappelle mon grand-père comme d'un personnage atypique. Quelques
soient les circonstances, il savait briller et sortir du lot. Quand j'étais
petit et que l'on sortaient tous les deux dans Fécamp, chaque personne
que l'on rencontrait était transformé, artiste dans l'âme,
il ne pouvait s'empêcher de sculpter à même les gens, leur
apportant sa joie de vivre, son franc-parler en tutoyant toujours tout le
monde, les touchant au plus profond d'eux-mêmes. Il avait une générosité
tellement naturelle que personne ne pouvait rester de glace.
Pour
anecdote, lorsqu'il était déjà malade, il était
venu à mon anniversaire, le 15ème, je crois, et il commençait
à discuter avec moi et quelques copains. Il nous énumérait
chacune de ces maladies en comptant sur ses doigts, chacune plus grave les unes
que les autres et lorsqu'il arriva sur son dernier doigt, il déclara
ce que je me rappellerais toujours : " je n'ai pas le sida alors tout va
bien ! " Il savait voir le bon coté des choses, c'était une
force de la nature comme on n'en fait plus. Quelque soit le moment de sa vie
où je l'ai connu, il s'est battu contre la maladie et ça n'entamait
même pas son enthousiasme, il était toujours le premier à
chanter aux repas de famille, toujours à offrir. Même si je ne
comprenais pas toujours, avec le recul je me rends compte qu'il a vécu
avec un énorme amour pour autrui, ceux qui l'on connu pourront le confirmer,
lorsque on le rencontrait, on ne pouvait que devenir ami.
Je
me rappelle aussi l'atelier d'Yport avec son odeur fruitée du cigare,
avec sa télé toujours branchée sur les chaînes de
sport et où il peignait sans relâche. Son trépied en avait
vu, recouvert d'années de peintures, de vernis. Je me rappelle parcourir
la pièce où les dessins et les divers objets s'entassaient partout,
en quête de quelques pastels pour lui faire un dessin. Un peu plus vieux,
je me rappelle les séances de sculpture où il m'apprenait son
travail, ou plutôt son plaisir. Je le vois encore en train d'utiliser
ses couteaux et les autres instruments alors que moi j'essayais tant bien que
mal à faire tenir mon argile. Je crois d'ailleurs que cette sculpture
est toujours là-bas, immonde , avec un bras en moins mais ce n'était
pas important, ce qui comptait, c'était de l'avoir fait avec mon grand-père.
Etant jeune
et inculte, je ne savais pas trop apprécier l'éventail de ses
peintures et sculptures et ce qu'il me reste vraiment en mémoire, c'était
l'homme qu'il était, priant le soir avant d'aller se coucher pour ceux
qui en avaient besoin. Je pense que sa véritable uvre n'était
pas faite avec des pinceaux ou des couteaux mais plutôt cet amour qu'il
a su irradier toutes les personnes qui passaient à sa portée.
Au final, lorsque l'on fait le résumé de sa vie et que l'on
se demande ce que l'on à apporter au monde, pour Jef Friboulet, on
peut dire une chose ; Avec tes yeux d'artiste tu as transformé le monde,
tu l'as rendu meilleur et passionnel, merci.
Il me reste
plus qu'à conclure sur une dernière impression personnelle.
Le jour de son incinération, nous avons tous pris le bateau pour répandre
ses cendres en mer. C'est ce qu'il avait voulu, j'étais devenu serein
et je me suis mis à penser ceci une fois de retour en regardant la
mer en face de Fécamp :
Mer, je t'appelais mère car tu savais me réconforter au fil
du son de tes vagues, désormais je peux t'appeler grand-père
car tu es forte de son Amour.
Régis